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Les grands principes

Biorégions

D’un point à l’autre du globe, le climat varie considérablement. Par conséquent la végétation varie aussi. En Amérique du Nord, par exemple, on compte une dizaine de domaines floristiques différents qui vont du domaine arctique au domaine tropical, du domaine côtier au domaine désertique. Ce qui est curieux, quand on y songe un instant, c’est que peu importe la réalité écologique, les gens tentent partout de reproduire le même type de jardin. Pelouse, arbres, arbustes, plantes à fleurs. Cette recette a un tel succès qu’on la retrouve même dans des régions tout à fait hostiles à la verdure comme les régions désertiques du sud-ouest des États-Unis.

Les biorégions sont similaires aux domaines floristiques. Ce sont de vastes étendues qui ont des conditions plus ou moins similaires et par conséquent une flore et une faune analogues. Le jardin naturel se conçoit en fonction de ces biorégions car l’objectif de ce genre de jardin est d’être parfaitement adapté à la région dans laquelle il pousse. Il ne faut pas croire que cela va de soi. Les conventions horticoles traditionnelles ont quelque peu nié cette évidence. Il n’y a qu’à constater que dans des villes aussi arides que Phoenix en Arizona poussent des roseraies et des pelouses dignes des plus beaux jardins anglais!

L’utilisation de végétaux indigènes dans le jardin naturel découle directement du principe des biorégions. Pour avoir un jardin adapté aux conditions d’ici, aux écarts extrêmes de température, aux précipitations, aux sols, quoi de mieux que des plantes d’ici? Aménager en accord avec sa biorégion présente l’avantage de faire des jardins qui exigent en général très peu de soins. En effet, si les plantes que l’on choisit sont parfaitement adaptées au milieu, nul besoin de les arroser, de les fertiliser, de les protéger, bref de les bichonner!

En plus d’aider à créer des jardins autonomes, le respect des biorégions ouvre la porte à l’expression du cachet local. Si les gens qui vivent dans des régions boréales façonnaient des jardins en accord avec cette réalité, il y a fort à parier que ces jardins évoqueraient les rigueurs du climat, le froid, la neige, l’été furtif, etc. Par contre, si ces mêmes gens habitaient les luxuriantes régions côtières pacifiques, il y a fort à parier que leur jardin naturel évoquerait davantage la douceur du climat, l’humidité constante, le brouillard, la richesse de la végétation, etc. On pourrait poursuivre ainsi en donnant chaque fois un exemple-type, chacune des biorégions ayant son caractère propre. En cette ère de mondialisation, d’autoroute électronique et de village planétaire, le jardin pourrait peut-être devenir le dernier bastion du cachet local!

Milieux naturels

Un autre des grands principes à suivre lorsque l’on veut concevoir un jardin naturel, c’est celui du milieu naturel. Il est bien de choisir des végétaux adaptés aux conditions locales, encore faut-il les employer dans le milieu approprié. Une plante de milieu forestier ne sera certainement pas à la hauteur de son indigénat si on la plante dans un milieu ouvert. De la même manière, une plante de milieu humide ne conviendrait pas à une rocaille. Cela n’est un secret pour personne et reprend le bon vieil adage de “la bonne plante au bon endroit”.

Dans le jardin naturel cela va un peu plus loin. Il ne s‘agit pas simplement de respecter les exigences culturales des végétaux, il s’agit de travailler systématiquement selon les milieux naturels. Autrement dit il s’agit de créer des jardins à thème: jardin de sous-bois, jardin aquatique, prairie sauvage, etc. Il y a autant de possibilités que de types de milieux naturels au Québec. Les avantages de cette approche sont nombreux. D’une part, cela permet de s’assurer que les végétaux disposent du milieu de culture adéquat. Effectivement, quoi de mieux qu’un sous-bois de feuillus pour une plante qui pousse à l’état naturel dans une érablière? D’autre part, cela contribue à maintenir la diversité des milieux naturels. Au lieu de tout substituer par des pelouses monotones, on en vient à conserver et parfois même à créer un éventail de milieux naturels plus riches. Cela a des retombées positives à la fois pour la faune et la flore qui disposent de plus de superficies accueillantes et pour nous qui pouvons nous régaler de la diversité des paysages.

Quand vient le temps de choisir le milieu naturel duquel on souhaite s’inspirer, il faut tenir compte de plusieurs facteurs. Tout d’abord, il convient de prendre en considération ce qui existe déjà. Se retrouver devant une forêt mature et l’abattre pour y aménager un étang ou une prairie sauvage serait une aberration. Par contre, réduire la dimension d’un immense terrain de pelouse pour y aménager le même étang ou la même prairie s’avérerait beaucoup plus judicieux. L’astuce est à la fois de tirer profit de ce qui existe déjà et de répondre aux besoins de ceux qui utiliseront les lieux. N’oublions pas qu’il s’agit d’un aménagement paysager et non d’une réserve naturelle. En quelque sorte, il faut chercher à obtenir le meilleur des deux mondes!
Un autre point à considérer lors du choix du thème d’un jardin, c’est la superficie. Bien entendu, l’idéal au point de vue écologique serait de pouvoir établir plusieurs milieux naturels sur un même site. La superficie réduite de certains terrains ne le permet tout simplement pas. Lorsque le terrain est trop petit pour établir un ensemble de milieux naturels comme un jardin de sous-bois, bordé d’une petite prairie au sein de laquelle il y a un étang, il vaut mieux choisir. Un sous-bois ou une prairie ou un étang. Plus la superficie est grande, plus ce sera facile d’y établir et d’y maintenir les conditions recherchées. Une prairie sauvage de 1000 m2 sera plus facile à cultiver qu’une prairie d’à peine 100 m2. Enfin, une superficie plus importante permet souvent d’avoir une plus grande diversité d’espèces.

 

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