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Indigène ou sauvage?

Il est toutefois curieux de constater que, malgré l’intérêt croissant pour les plantes indigènes, très peu de gens savent avec précision ce qu’est une plante indigène. Le plus surprenant, c'est que même certains spécialistes de l’horticulture entretiennent l’inexactitude à ce sujet en proposant des définitions qui englobent bien des types de plantes qui ne sont pas indigènes. Le problème est aussi dû au fait que tout un cortège d’autres expressions font également partie du décor. Que l’on songe simplement aux expressions “ plantes sauvages ”, “ plantes naturalisées ” ou “ échappées de culture ” et le portrait se complique davantage.

Botaniquement parlant, une plante indigène est une plante qui pousse spontanément dans une région donnée sans l’intervention de l’homme. Pour mériter l’appellation d’indigène, il faut qu’il n’y ait jamais eu intervention humaine, même à une époque reculée. Par exemple, certaines plantes ont été introduites d’Europe, surtout à l’époque de la colonisation, avant de se naturaliser et de croître de manière spontanée. Ces plantes ne deviennent pas indigènes pour autant. Elles deviennent simplement des plantes naturalisées. Par exemple, l’Iris versicolore est une plante indigène en bonne et due forme. Elle croît dans nos régions depuis belle lurette sans aucune intervention de l’homme. Alors que la marguerite blanche, malgré son intégration complète à la flore locale, est une plante introduite qui s’est par la suite naturalisée.

D’autres types de plantes sont souvent prises, à tort, pour des plantes indigènes. C’est le cas entre autres des “ échappées de culture ”. Ces dernières sont des plantes qui sont habituellement cultivées, mais qui réussissent aussi à prendre la clé des champs, à survivre et parfois à se reproduire d’elles-mêmes. Les “ échappées de cultures ” n’ont pas une distribution générale et leur présence dépend souvent directement de leur ancien site de culture. Un des exemples les plus courants d’une échappée de culture, que certains considèrent tout à fait à tort comme une indigène, c’est celui de l’Hémérocalle fauve.

Pour terminer ce petit lexique, il nous faut préciser ce qu’est une “ plante sauvage ”. Curieusement, il n’existe pas de définition scientifique pour cette dernière expression. En général, les spécialistes s’entendent assez bien pour dire que l’ensemble des plantes indigènes, des plantes naturalisées et des échappées de culture constituent “ les plantes sauvages ”. On peut donc dire qu’une plante sauvage est une plante qui pousse de manière spontanée dans une région donnée, peu importe si l’homme est intervenu ou non.

Comment utilise-t-on les indigènes?

Mais revenons au sujet qui nous intéresse plus spécifiquement dans le cadre de ce dossier: les plantes indigènes. Sally Wasowski, designer-paysagiste de l’Arizona, a un jour déclaré que l’avènement de l’utilisation des plantes indigènes en aménagement paysager était probablement aussi important dans l’histoire de l’horticulture que l’invention du boyau d’arrosage! Il va sans dire que Madame Wasowski est des plus convaincues! D’ailleurs, tous les jardins qu’elle conçoit depuis des années font exclusivement appel à des plantes indigènes. Ce n’est toutefois pas la seule façon de travailler avec les indigènes. On pourrait dire qu’il y a plusieurs degrés d’utilisation des plantes indigènes en aménagement, allant du jardin naturel, qui n’utilise que des espèces indigènes, au jardin mixte dans lequel on peut retrouver tout autant des espèces indigènes que des variétés horticoles.

Prenons par exemple, le cas d’un petit sous-bois sur un terrain de taille modeste, quelque part dans les environs de Montréal. Un jardinier qui souhaiterait utiliser des plantes indigènes aurait plusieurs possibilités, variant selon l’effet esthétique qu’il recherche ou selon les processus qu’il désire mettre en place. Si ce jardinier veut créer un jardin d’ombre dans lequel la floraison tient un rôle de premier plan afin d’ajouter vie et couleurs dans cette partie du jardin, il se tournera alors vers un ensemble de plantes à fleurs qui profiteront bien malgré la contrainte du manque d’ensoleillement. Il choisira tout autant des espèces horticoles que des espèces indigènes car il trouvera dans les deux clans profusion de plantes dont la floraison exige très peu de lumière. Si toutefois il souhaite mettre en place un jardin qui agira davantage comme un milieu naturel, c’est-à-dire un jardin dans lequel l’entretien est réduit à son minimum et dans lequel la faune pourra venir s’abriter et se nourrir, il se tournera peut-être davantage vers des espèces indigènes car elles rempliront mieux ce rôle.

On pourrait appliquer le même genre d’exemple à d’autres types de jardins: un jardin aquatique, un pré fleuri, une plate-bande au soleil, etc. Ce qui importe réellement c’est que les plantes que l’on choisit correspondent bien à nos critères de sélection et cela tout autant côté coeur que côté tête! Il n’en demeure pas moins, toutefois, que l’utilisation des plantes indigènes en aménagement paysager présente de nombreux avantages sur divers plans. Que ce soit sur le plan environnemental, économique, socioculturel ou même sur le plan psychique. Certains de ces avantages peuvent être obtenus en utilisant simplement des espèces horticoles, mais certains autres n’appartiennent qu’au domaine de la plante indigène..

 

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