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Bulletin
technique Indigo juin 2004
Flore indigène et patrimoine
Bonjour chers clients et amis,
Ce mois-ci, nous vous proposons des extraits d’un
texte publié récemment dans le cadre de la chronique « Côté
cour » du magazine « Continuité ». Nous vous
invitons à vous procurer en kiosque le numéro d’été de ce
magazine portant sur le patrimoine afin de lire l’intégrale de
ce texte. Bonne lecture!
Alors que nos ancêtres se
sont éreintés à repousser la nature sauvage en abattant arbre
après arbre et en défrichant le moindre lopin fertile, de plus
en plus on cultive dans nos jardins ces espèces sauvages
autrefois bannies.
Chaque année, l'intérêt
pour la flore indigène croît dans le coeur des jardiniers. Alors
que le marché regorge de nouveaux cultivars et d'hybrides
spectaculaires, nos espèces sauvages séduisent un nombre
croissant d’amateurs et de professionnels. Il s'agit en quelque
sorte d'un retour aux sources, car de nombreuses variétés développées
par l'horticulture moderne émanent d’espèces indigènes.
Au centre-jardin du coin,
il n'est plus rare d'entendre des clients demander « quelque
chose d'indigène ». Que recherchent ces nouveaux adeptes ?
Une rusticité éprouvée, un spécimen demandant moins d'arrosage
et d'entretien, une plante liée à un souvenir d'enfance ou
attractive pour les oiseaux et les papillons, un produit
vernaculaire qui leur inspirera un sentiment de fierté et
d'appartenance au paysage.
Folklore, traditions et
croyances
Petits prêcheurs, amélanchiers,
gingembres sauvages et verges d'or sont autant d'exemples de
plantes utilisées au jardin. La culture et l'utilisation de ces
espèces constituent une expérience ayant des résonances
ethnobotaniques. En les côtoyant, on s'initie à tout un
folklore, une histoire, à des traditions et des croyances
De plus, il est amusant de
constater à quel point les noms populaires de ces belles indigènes
reflètent l'histoire, les croyances et les coutumes de notre
peuple. La flore en est pleine. Que l'on songe aux valeureux
bouleaux à canot, aux indispensables herbe à dinde, bois à
levier, herbe à liens, herbe à souder, à l'amusante pétouane
(un aster à grandes feuilles), aux délicieuses patates en
chapelets et aux dangereux crevards de moutons, herbe à la fièvre
et café du diable...
Identité et cachet local
Nos jardins désormais
accueillants pour nos espèces indigènes deviennent aussi
l'occasion pour plusieurs d'exprimer un sentiment de fierté et
d'appartenance au lieu. Le meilleur exemple est certes celui des
emblèmes floraux. En octobre 1999, l'Assemblée nationale
corrigeait une erreur botanique vieille de plusieurs décennies en
adoptant dorénavant l'iris versicolor à titre d'emblème floral
plutôt que le lis blanc. Le premier étant une espèce indigène
bien connue et chérie du public, le second, une espèce méditerranéenne
difficile de culture en nos contrées.
Les aménagements composés
d'espèces indigènes possèdent également une valeur économique
potentielle. En effet, l'utilisation de trilles, de sapins
baumiers, de bleuets sauvages contribue à créer des paysages
possédant un réel cachet local. L'industrie touristique
recherche cette expression authentique du territoire. De la même
façon qu’on ne visite pas l'Arizona pour y voir des bégonias,
on apprécie découvrir au Québec ce que la nature a de
particulier à offrir.
Un héritage à protéger
Si nos espèces indigènes
constituent désormais un patrimoine que célèbre la pratique de
l'horticulture, elles demeurent plus que jamais un héritage à
protéger. L'utilisation de ces plantes ne doit aucunement
constituer une menace pour la flore sauvage. Pratiquement aucune
loi n'interdit de prélever dans la nature des spécimens pour les
revendre sur le marché horticole, mais piller le milieu naturel
afin de lui rendre hommage constitue un non-sens évident.
La pratique d'une
horticulture favorisant l’usage des espèces indigènes se révèle
une avenue de choix pour le maintien des espèces rares ou menacées.
En effet, la multiplication des lieux de culture de ces espèces
augmente leurs chances de survie. Le développement résidentiel
et agricole ne cessant de gruger les habitats naturels les plus cléments,
notamment en Montérégie et en Outaouais, il devient précaire de
compter uniquement sur les populations sauvages pour maintenir
l'intégrité du patrimoine génétique.
Nos belles indigènes
peuvent jouer plusieurs rôles. Dans de luxuriants jardins
soigneusement aménagés, elles côtoieront docilement des espèces
exotiques. Dans des espaces verts naturels ou dans des parcs,
elles joueront un rôle de premier plan comme maillon essentiel de
l’écosystème. Mais quel que soit le rôle qu’on leur
attribuera, toujours elles témoigneront de la richesse et la
diversité de nos paysages.
À
bientôt
Isabelle
Dupras
Équipe
Indigo
Le
mois prochain : Coup d’œil sur l’épilobe à feuilles étroites
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