Août
2008
La
sémantique de la renaturalisation, un lexique horticole qui se
précise.
Par
Isabelle Dupras
La
fin des vacances arrive à grands pas. Pour plusieurs, il est
temps de reprendre le chemin de l’école afin de
s’instruire. Sans prétendre détenir un savoir hors du
commun, Indigo vous propose ce mois-ci une chronique sur le sens
des mots, ceux que nous employons ou entendons quotidiennement
au sujet de l’utilisation des plantes indigènes. Les
linguistes soutiennent que le vocabulaire se développe au gré
des techniques. D’ailleurs, notre domaine étant bien jeune,
il n’est pas étonnant que la confusion et les mauvais usages
soient aussi répandus. Au Québec, notre situation linguistique
particulière nous conduit souvent à adopter des anglicismes et
il semble que ce soit également le cas lorsqu’il est question
de renaturalisation.
L’intérêt
pour l’utilisation des plantes indigènes s’est d’abord
manifesté chez nos voisins du sud, puis chez non concitoyens
canadiens-anglais avant de se développer au Québec. Il y a
quinze ou vingt ans, plutôt que d’instaurer un néologisme,
les aménagistes francophones ont d’emblée francisé les
expressions anglaises naturalization
ou renaturalization pour
définir la végétalisation d’un lieu avec des espèces indigènes.
Toutefois, cet usage est erroné puisque la définition de ces
termes en écologie, telle qu’on la retrouve dans le Grand
dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la
langue française, décrit un tout autre phénomène. Sur
le site de l’OQLF, on y explique d’ailleurs qu’en français,
le terme renaturalisation est un dérivé de naturalisation qui
se dit d'un phénomène qui résulte de l'introduction ancienne
dans un territoire d'une espèce végétale ou animale d'origine
étrangère qui s'y est adaptée et s'y reproduit naturellement
comme les espèces indigènes.
Si
nous ne faisons pas de la naturalisation ou de la
renaturalisation, il semble que nous faisions parfois de la végétalisation.
En effet, toujours selon le GDT, cette activité vise la
reconstitution du couvert végétal d'un terrain dénudé par
l'action de l'homme ou par l'effet de catastrophes naturelles. Toutefois,
cette définition qui inclut également le dérivé revégétalisation,
ne fait pas appel la notion d’écosystème ou au caractère
indigène du couvert végétal. Pour tenir compte de ces
notions, il faut plutôt utiliser l’expression restauration écologique
qui décrit l’opération visant à remettre dans un état
proche de son état d'origine un écosystème terrestre ou
aquatique altéré ou détruit généralement par l'action de
l'homme. Lorsqu’il est question de restauration écologique,
on se
soucie non seulement de rétablir la diversité des espèces
jadis présentes, mais également d’assurer le rétablissement
de la structure, des fonctions et des processus qui contribuent
à l’intégrité écologique des écosystèmes en question.
Les
francophones d’Europe semblent quant à eux favoriser
l’expression renaturation qui est également empruntée de
l’anglais. Dans le Dictionnaire de biogéographie végétale
aux éditions CNRS, on décrit la renaturation comme étant une
modification du mode d'occupation d'un terrain considéré comme
trop artificialisé, par souci d'une meilleure prise en compte
de l'environnement et du paysage. Toutefois, ce terme n’est
que très rarement utilisé au Québec et puisqu’en matière
de néologisme l’usage est requis pour officialiser le terme,
il est peu probable que ce vocable subsiste chez-nous.
Malgré
tout, il demeure que l’utilisation des plantes indigènes est
une activité bien souvent plus modeste qui n’a pas systématiquement
pour objectif de restaurer les écosystèmes. Curieusement, il
ne semble pas y avoir d’expression qui désigne cette
pratique. La « culture des plantes indigènes » est
l’expression qui semble le mieux traduire le «native plant
gardening » des anglophones. Comme le décrit si bien
Lorraine Johnson dans son ouvrage The
Ontario Naturalized Garden, il s'agit d'une approche écologique
de jardinage, qui considère l'environnement comme un réseau de
connexions plutôt que comme un ensemble d’unités isolées;
qui favorise la
diversité, à la fois des plantes et des animaux en ayant pour
objectif de réduire les apports d'eau, les produits chimiques
et les engrais tout en manifestant le désir de reproduire le
fonctionnement dynamique et la pérennité des écosystèmes.
En
terminant, il est pertinent de se rappeler que l’essentiel
n’est pas nécessairement d’avoir le mot juste, mais plutôt
d’agir dans l’intérêt de la conservation des espèces et
des écosystèmes. Pour
se faire Robert Dorney et Douglas Allen ont d’ailleurs écrit
dans le Harrowsmith
Landscaping Handbook : « Call
it what you will: natural landscaping, mini-ecological
gardening, wildflower gardening, natural gardening,
low-maintenance landscaping or natural heritage gardening. The
terms are less important than the changes they encompass- a
movement away from the manicured look, from the fussy,
high-maintenance and expensive flowerbeds towards a more
unfettered, dynamic natural plant system.”
En
terminant, je tiens à remercier Claire Michaud du MDDEP, Claude
Anctil de Arbreau Tech, et France Bourgouin pour leur aide et
leurs commentaires au sujet de la terminologie associée à la
restauration écologique.
Bonne
rentrée à tous
Références
Grand
dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la
langue française. http://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/gdt.html
Dictionnaire
de biogéographie végétale. CNRS ÉDITIONS, Paris, 2000. ISBN
2-271-05816-3
Le
carrefour des plantes indigènes du Musée canadien de la
nature. http://nature.ca/plnt/wycd/actcat2_f.cfm
The
Ontario Naturalized Garden. Lorraine Johnson. Éditions
Whitecap, Vancouver Books, 1995. ISBN 1-55110-305-2
Le
mois prochain : Pourquoi pas des indigènes herbacées à
racines nues?
PS
: Les récoltes de semences sont en cours. Vous avez des besoins
pour un projet particulier, faites-nous le savoir.
Si
vous souhaitez ne plus recevoir mensuellement notre bulletin
technique ou si vous en recevez plusieurs exemplaires, merci de
nous en aviser en nous contactant à l’adresse
info@horticulture-indigo.com
Vos
coordonnées seront retirées de notre liste d’envoi.
Indigo
80
Route 116 Ulverton
J0B
2B0 (Québec)
t.819.826.3314
f.819.826.1011
www.horticulture-indigo.com